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Islamophobie ou intégration ?

Une étude montre que la croissance des musulmans en Suisse est grande et inévitable à la fois. Il y a trente ans, il y avait 16 000 musulmans sur la terre helvétique, aujourd’hui, on en compte 310 000.

Dans une étude titrée « Panorama de l’islam en Suisse », Madame Mallory Schneuwl Purdie et Monsieur Stéphane Lathion, enseignants à l’Université de Fribourg et spécialistes du Groupe de recherche sur l’islam en Suisse (GRIS), tentent d’éclairer la réalité par des chiffres. Le nombre de musulmans de nationalité suisses vivant sur la terre helvétique a été multiplié par 80 ces trois dernières années. Aujourd’hui, ils représentent 4,3 % de la population, soit 310 807 individus adeptes du Coran. Se basant sur les statistiques, M. Lathion exprime dans un entretien avec « Objectif réussir » qu’il y a une tendance à l’augmentation, relativement importante, de la multitude musulmane en Europe et en Suisse. Il constate que cette croissance aura de l’influence sur la société. De même, il n’y a pas de moyen magique de l’arrêter, car la Suisse ne peut pas fermer les frontières. Sans se lancer dans des visions futuristes, ces données  provoquent de nos jours un sentiment et une nécessité : islamophobie et intégration.

Évidement, l’image de l’islam n’est pas très reluisante dans le monde occidental. Elle est mal perçue et, plus encore, unitairement présentée. Des musulmans, parmi lesquels certains ne suivent que rarement ou occasionnellement le contenu des médias de l’Occident, protestent et relient cette image de l’islam (déformée) à la volonté de certains journalistes de l’illustrer tendancieusement. L’étude mentionnée, elle aussi, donne un rôle négatif aux médias à propos de l’islam. Sans trop exagérer, il semble que les médias ne s’intéressent à l’islam que pour les grands débats publics, tels l’abattage rituel, le port du voile ou encore les extrémismes religieux. C’est une accusation lourde, rejetée par une majorité de médias et qualifiée comme une interprétation teintée de préjugés et issue de l’imagination. La réponse la plus courante : c’est aux musulmans eux-mêmes de nous offrir une meilleure représentation. Les événements quotidiens témoignent que l’islam vit de vrais problèmes : discrimination des femmes, violence et terrorisme. C’est donc à eux de montrer que l’islam est une religion de cohabitation, de tolérance et de paix. M. Lathion remarque que l’islam, théoriquement, est une religion qui garantit beaucoup de liberté et de tolérance. Mais, le problème et la solution se trouvent dans la possibilité de lire l’islam d’une manière ouverte, tolérante et respectueuse de la différence et, en même temps, à partir des mêmes références ; de le lire d’une manière beaucoup plus radicale et exclusive. De plus, le problème est que la mise en pratique est rarement aussi belle que l’idée.

En principe et malheureusement, les pays musulmans sont frappés par des crises complexes dans les domaines économique, social, politique et autres. La plupart des musulmans vivent influencés par des conditions difficiles : pauvreté, pression sociale et analphabétisme. Ce sont des facteurs d’encouragement à un comportement qui peut être aussi extrême, mythique ou isolationniste. Face à cette réalité dure et restrictive de l’horizon de l’espoir, notre interlocuteur voit l’Europe comme une chance pour les musulmans. Les pays occidentaux assurent une liberté substantielle de choix et de manifestation de la religion. Aucune force sociale n’a la possibilité de déterminer ou de faire pression sur la nature et l’intensité des croyances religieuses. Un musulman en Europe peut vivre sa foi comme lui-même la lit. Cette constatation, faite par Monsieur Lathion, reste plutôt valable dans la théorie, mais pas tout à fait en pratique. L’islam est une appartenance collectivement interprétée et hiérarchiquement définie. L’individualisation ou la simplification de l’islam, en supprimant l’intermédiaire entre le croyant et Dieu, est toujours bloquée par des ordres islamiques qui organisent les relations et les devoirs en termes de collectivités. Ce sont des obstacles, tant du point de vue musulman qu’envers la doctrine islamique. Ils privilégient, pour le moment,  l’appartenance religieuse plutôt que de l’appartenance sociale. Cela limite ainsi la fluidité de l’intégration. Pour cette raison, l’étude mentionnée montre que la croissance démographique, la crise économique et la montée des extrémismes sont autant de raisons qui autorisent à poser la question de l’existence d’une islamophobie, tout au moins latente, en Suisse.

Bien sûr, l’islamophobie n’est pas une solution adéquate à ces phénomènes. Au contraire, elle les complique. Selon l’étude, ces raisons ne justifient pas tout. Il est clair que les médias nous servent quotidiennement des informations frappantes issues des sociétés islamiques :  plus de 2000 victimes sauvagement assassinées pendant le Ramadan en Algérie ! Mais, cela n’a rien à voir avec la réalité des musulmans en Suisse, ni avec l’islam comme doctrine divine. Dans l’histoire humaine, il y a toujours eu des extrémistes qui, idéologiquement, interprétaient et engendraient les concepts religieux. Les fondamentalistes « musulmans » le font aujourd’hui, et deviennent vite, dans les médias, la menace principale pour la paix et la sécurité globale. Méfiance, dit l’étude : cette attitude simplificatrice est dangereuse, car elle permet tous les amalgames et justifie les prises de position les plus extrêmes sans autres explications.

Évidement, il ne faut pas déresponsabiliser les musulmans et responsabiliser les médias d’une manière exclusive. L’intégration n’est pas un choix, mais une nécessité primordiale. La cohabitation n’est pas un luxe, mais une détermination saine et enrichissante. Vu sous cet angle, l’islam est une religion de tolérance et d’ouverture envers l’autre, les manifestations extrémistes ne sont plus adéquates. Il ne faut pas davantage déresponsabiliser l’autorité. L’intégration reste dans le domaine du souhait si l’on n’utilise pas les moyens nécessaires. L’intégration n’est ni une demande ni une réaction, c’est une longue procédure de compréhension mutuelle et de participation où les deux parties doivent faire les efforts indispensables.

La croissance du nombre de musulmans résidant en Suisse :

années

nombre des musulmans résidant en Suisse

1970

16’353

1980

56’625

1990

152’217

2000

310’807

 

L’âge des musulmans en Suisse :       

Moins de 25 ans

137’189

De 25 à 55

141’789

Plus de 55

11’453

 

Les origines des musulmans en Suisse :

Yougoslavie

108’058

Turquie

62’698

Macédoine

43’365

Bosnie-Herzégovine

23’457

Payes arabes

16’597

Albanie

699

Croatie

392

Slovénie

102