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Le foulard est un choix masculin.

Dans la doctrine de l’Islam, le foulard n'est pas un devoir religieux, et à l'époque    de Mohamed, c’était imposé uniquement à ses femmes pour les distinguer des autres.

 

 Le lien invisible entre les phénomènes sociaux et leurs racines historiques est, à la source, la vision déformée des gens concernant ceux-ci. C’est ce que disait un philosophe chinois, il y a 3000 ans. Si ce n’est pas précisément valable pour le spectre entier des phénomènes complexes et d’influences multiples, si c’est une phrase excluant et limitant d’autres facteurs qui jouent un rôle important dans les processus de conceptualisation humaine de leur entourage, elle reste, apparemment, applicable sur la question du foulard « islamique ». Car ce n’est qu’une coutume historique dont les fonctions et les significations, au fil du temps, se sont transformées et modifiées.

Le besoin de l’homme ayant toujours été d’envisager les conditions naturelles difficiles, le foulard fut, notamment à l’origine, un moyen de se protéger du soleil brûlant et de la poussière qui colorie l’horizon en alourdissant l’air. Les tribus arabes, semi bédouines, installées autour d’une oasis perdue dans de vastes surfaces arides, et les nomades, voyageurs infatigables du désert, ont été invités à inventer des moyens d’adaptation et de survie. A un moment donné, à une époque lointaine, les femmes ont mélangé les herbes avec la graisse de chameau pour en faire une sorte de crème protectrice pour le visage, tandis que les hommes ont porté le foulard pour éviter de respirer la poussière lors des déplacements avec leurs animaux. D’ailleurs, ces pratiques masculines persistent encore sans implication religieuse. Les femmes, elles, suivront, bien plus tard, cette coutume du port du foulard. On comprend ainsi que la vraie fonction de cet objet, ne s’en référait qu’à la seule détermination de protection sans aucune obligation sociale ou religieuse et ce jusqu’à l’ère islamique…Ainsi, même dans la doctrine naissante de l’Islam, le foulard ne fut nullement et nulle part mentionné comme un devoir religieux. A l’aube de la nouvelle religion, le port ne fut pratiqué que par libre choix de chacun en fonction de ses besoins.

L’histoire relate un événement qui influencera la nouvelle pensée de Mohamed deux ans avant sa mort : « Aïsha », une de ses femmes, était accusée de trahison après s’être absentée quelques jours dans le désert en compagnie d’un chevalier. La malheureuse était une épouse très aimée par le prophète. Cependant, ce dernier, attristé, la quitta pendant trois mois. Mais le goum* s’est retenu de reparler de cette affaire et « Aïsha » n’a plus jamais rencontré son ami. Ainsi la solution, « la voix de Dieu », fut de demander aux femmes du prophète de porter le voile, de ne plus rencontrer d’hommes sans sa présence ou sans sa permission, et de rester enfermées dans la maison si rien ne nécessitait leurs sorties. Des mesures de prévention, voire des sanctions auraient alors été consignées exclusivement par « Dieu » pour régler les conduites des femmes de Mohamed et les appliquer uniquement sur elles.

A la mort du prophète, « Omar ben Al Khatab », son deuxième successeur au pouvoir politique et religieux, eut une autre vision du voile… Rapidement, il eut une influence dominatrice sur le destin de l’Islam, entre autres, en exigeant le port du voile pour une certaine classe de femmes islamiques. Ce n’était pas encore une obligation religieuse, mais plutôt un signe pour différencier les femmes d’origine aristocratique ou noble. Les autres, en particulier les esclaves, avaient l’interdiction formelle et stricte de se vêtir du voile sous peine de punitions sévères. Depuis, la dimension politique du voile ou du foulard est inchangée bien qu’elle ait pris plusieurs formes et différentes tendances selon les besoins idéologiques. Il ne faut pas oublier que la religion islamique n’a jamais été séparée du pouvoir politique dans les pays concernés. Aujourd’hui encore plus, comme nous pouvons l’entendre ou le voir. Et cela depuis 1934, début de « l’engagement fortement politisé du foulard » dans la confrontation symbolisée par l’Islam.

Le parti politique d’Égypte basé sur les normes de l’Islam, « Les frères musulmans », est le premier à avoir agencé les signes islamiques, spécialement le foulard, en vue de la lutte contre les Anglais dans leur pays et contre la politique de modernisation menée par le roi « Farouk ». Le port du foulard n’est alors pas seulement une obligation religieuse, disait un des leaders « des frères musulmans » d’Égypte, mais aussi un devoir national pour protéger les femmes musulmanes face à des transformations modernisatrices que prévoyaient d’imposer les Anglais chrétiens à la société islamique. Une idée qui sera rapidement partagée par beaucoup de sympathisants dans le monde arabe et islamique.

L’approche de la question du foulard en Europe, hors de son contexte historique, risque d’amener à une interprétation mal personnalisée et bien monopolisée. Avant tout, on risquerait d’être tenter d’ignorer le point de vue de la représentation originalement non religieuse du port du foulard et, par la même occasion, laisser tomber ses implications idéologiques. Ces deux points cités permettent de le classifier dans une sphère privée et de le justifier au sens légal et par des valeurs sociales comme la liberté personnelle, le droit de l’homme ou l’esprit démocratique d’un État dit « laïque ». Sans parler des implications psychiques et des obstacles que le foulard provoque au niveau socioculturel, nous devons souligner, (et ce, même si notre regard est sous la lumière d’une partie de musulmans, coincée et politisée, avec des yeux de démocrates, de libéraux ou de laïques), que sans la dimension historique nous nous éloignons de sa vraie nature, et que nous allons vers une injustice vis-à-vis des femmes concernées. Car ce foulard, n’a pas été et n’est toujours pas un choix librement fait par les femmes elles-mêmes, mais souvent un paramètre idéologique et religieux qui est encore souvent imposé par l’homme, contre la volonté de certaines femmes. Aujourd’hui, en Europe comme dans beaucoup de pays arabes et musulmans, la grande majorité des femmes voilées ne le font pas par souci de féminité ou de religion respectée. Elles le portent comme un devoir traditionnel et familial et, dans la plupart des cas, suite à des directives masculines sous la menace de sanctions et de punitions. Devons-nous rappeler en exemple, l’Afghanistan d’hier avec les Talibans, où le gouvernement, lui-même, obligeait les femmes à cacher complètement leur visage. J’aimerais à ce sujet citer une jeune femme écrivain algérienne qui disait : « Je ne rêve pas seulement de pouvoir un jour déchirer mon foulard et de le jeter dans la poubelle, mais aussi de pouvoir sortir toute nue devant tout le monde. »

Dans ces divers contextes relatés ces derniers temps, on se pose beaucoup de questions : où est la liberté de la femme ? L’interdiction du foulard en France, dans les écoles et les administrations, restituera-t-il à la femme sa liberté ou, au contraire, va-t-il y attenter ? L’interdiction du foulard touche-t-il plus à l’homme ou à la femme ?

En tous les cas, il est intéressant de voir comment des musulmans politisés arrivent à exprimer par un symbole tel que le foulard leurs malaises politiques, et d’en conclure comme si des projets laïques faisaient actes discriminatoires et anti-islamiques.

*goum : mot d’origine arabe, englobant des peuples d'origine, d'idéologie, de pensées et de traditions semblables.